Page 3 -
P. 3
trait

Armelle, élève de 1ère STAV, voit son avenir dans l’élevage

Malgré la crise agricole, Armelle a choisi de reprendre l'exploitation de son père, près de Beauvais.
Du haut de ses 16 ans, Armelle Fraiture sait ce qu'elle veut. Derrière ses cheveux longs, ses yeux
marrons et son visage poupin aux pommettes arrondies se cache une jeune femme déterminée à
reprendre l'exploitation agricole de son père, Thierry, à Saint-Léger-en-Bray près de Beauvais. Elle
fait partie de ces jeunes qui, malgré la crise, ont choisi ce métier. Armelle est née à Beauvais, a
grandi dans l'exploitation familiale et se sent à l'aise aux champs comme à la ville. Durant la
semaine, elle est étudiante en internat à l’Institut Charles Quentin de Pierrefonds, en Sciences et
Techniques de l'Agronomie et du Vivant, et pratique l'équitation et le vélo. Le week-end, elle
retrouve ses bêtes et l'exploitation familiale. Elle sait qu'elle va devoir s'armer de patience avant
de pouvoir prendre le relais de son père. « J'aimerais faire une école d'ingénieur, comme ça, si tout
s'écroule, j'aurai un métier en plus », lance-t-elle. « Mon père est content que l'exploitation ne
parte pas dans les mains d'un inconnu, mais il a conscience que ça sera difficile ». La jeune fille a du
mal à mettre des mots sur sa vocation : « C'est une passion, on a ça en soi, on bouge, on est dehors,

on nourrit les hommes »,
égraine-t-elle hésitante, « on est
utile dans ce qu'on fait ». Quand
on lui demande de décrire
l'exploitation de son père,
Armelle la connait par cœur : «
On a environ 350 bêtes, dont 70
laitières et 40 vaches
allaitantes, pour la viande, plus
les terres à côté », détaille-t-
elle animée, jusqu'à nommer les
races: « Prim'Holstein pour les
laitières, charolaises pour les
allaitantes ». Grâce au lycée, elle a fait plusieurs stages dans d'autres filières, comme le porc, en
juin dernier. Ça lui a beaucoup plu, « mais c'est difficile de s'installer entièrement. Les vaches, je
connais et j'aime ça ». Parmi les nombreux souvenirs d'enfance, elle se rappelle le vieux tracteur
sans cabine du paternel, lorsqu'il lui laissait tenir le volant pour aller nourrir les bêtes. Aujourd'hui,
elle conduit pour de vrai, et adore la moisson, son moment préféré dans l'année. « On se lève tôt, on
se couche tard, c'est convivial », précise-t-elle, retrouvant l'excitation d'une jeune fille de 16 ans.
Mature et déterminée, elle entend malgré tout les réticences de son père, inquiet pour l'avenir de
sa fille. « Ce n’est pas lui qui m'a dit de faire ce métier, explique-t-elle. Il a aussi conscience que ça
sera difficile, donc il veut que je fasse des études ». La crise, elle en a parfaitement conscience.
Armelle a peur « que tout disparaisse » sans avoir eu le temps de réaliser son rêve, mais garde «
l'espoir que ça change ». Concernée, elle considère que la régulation du marché est l'un des
problèmes : « on produit plus que la demande », et estime que « les aides pour que ça aille six mois,
ça ne sert à rien ». Pour défendre le métier, la jeune fille fait entendre sa voix lors des
manifestations avec son père. Pas encore syndiquée, elle compte bien passer le pas, « l'année
prochaine », ou à ses 18 ans. Armelle était présente au Salon de l'agriculture pour montrer qu' « il
y a de l’avenir ». Victoria Masson, journaliste du Figaro

3
   1   2   3   4   5   6   7   8